Vous avez un tube de jaune d'œuf qui traîne au frigo, un pot de pigment rouge acheté sur un coup de tête, et cette envie de retrouver le rendu mat et un peu crayeux des icônes byzantines. Sauf que voilà : entre l'idée et la première touche, il y a un mur de questions pratiques que la plupart des articles balaient d'un revers de main.
La peinture tempera, c'est une technique à l'œuf — le jaune sert de liant, l'eau de diluant, le pigment de couleur. Simple sur le papier. Cauchemardesque la première fois dans la vraie vie, parce que ça sèche vite, que ça change de teinte en séchant, et que personne ne vous dit combien d'eau mettre. Je m'y suis remis sérieusement l'an dernier, après avoir raté trois panneaux d'affilée. Voici ce que j'aurais aimé lire avant de commencer.
Points clés à retenir
- Le jaune d'œuf est le liant de référence, mais il doit être débarrassé de sa membrane avant usage, sinon vous peignez avec des morceaux.
- La tempera sèche en quelques minutes : on travaille par petites zones, jamais sur toute la surface d'un coup.
- Les couleurs s'éclaircissent en séchant. Ce que vous voyez humide est plus foncé que le résultat final.
- Le support roi reste le panneau de bois préparé au gesso. La toile demande une autre approche.
- Un pigment + un liant + de l'eau, rien d'autre. Toute la difficulté est dans les proportions et la mouture.
La tempera, cette peinture à l'œuf qu'on croit connaître
Beaucoup de gens pensent que la tempera est morte avec la Renaissance. Faux. Elle a juste changé de camp : elle est passée du tableau de maître à l'illustration, à la restauration, et à une poignée d'ateliers contemporains qui ne jurent que par elle. Vous la croisez encore dans les icônes religieuses, dans certains décors de théâtre, et chez les peintres qui cherchent un rendu que ni l'huile ni l'acrylique ne donnent.
Ce qui la distingue, c'est son émulsion. Le jaune d'œuf est naturellement composé d'eau et de matières grasses. Cette double nature lui permet de se lier à des pigments secs tout en restant miscible à l'eau. Résultat : une peinture qui se nettoie au robinet, mais qui durcit en une pellicule solide et peu soluble une fois sèche.